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En « vœux » tu en voilà...

À la mi-janvier, les Haut-Saônois ont eu droit à double ration de vœux : ceux du Président de la République, chef de l'UMP, et ceux d'Yves Krattinger, Sénateur-Président du Conseil général.

En effet, Nicolas Sarkozy a mis au point cette année un programme de vœux itinérants, ce qui est une manière assez efficace d'obtenir le maximum de couverture médiatique. Après Saint-Lô, Nîmes, Orléans, il est donc passé le 15 janvier à Vesoul pour nous souhaiter une bonne année.

Les vœux du Président, on y avait déjà eu droit l'an passé. Et depuis :

-  Les enfants de Haute-Saône ne peuvent pratiquement plus être accueillis en maternelle avant l'âge de 3 ans, et leurs aînés du primaire, du collège et du lycée ont de moins en moins d'adultes auprès d'eux pour leur délivrer un enseignement et les encadrer.

-  Les usagers du service des urgences de l'hôpital, venus des quatre coins de la Haute-Saône - regroupement oblige -, doivent faire preuve de plus en plus de patience pour être pris en charge par des internes et des infirmières qui font face comme ils peuvent, faute de moyens. Ce n'est d'ailleurs pas la mise en service du nouvel hôpital qui changera quelque chose à cet état de fait.

-  Les contribuables des petites communes haut-saônoises doivent mettre la main au porte-monnaie s'ils veulent garder un service minimum de La Poste, autrefois service public.

-  Les gendarmes, compétents pour une grande partie du territoire départemental, sont maintenant rattachés au ministère de l'Intérieur, ce qui ne s'était pratiqué que sous les Premier et Second Empires, ainsi que sous le gouvernement de Vichy : belles références !

-  FR3, qui assure un peu de pluralité à l'information locale, est menacée par la réforme de l'audiovisuel.

On pourrait poursuivre cette sinistre énumération par la direction du travail démantelée, la fermeture annoncée des tribunaux de Lure et de Gray, les familles étrangères pourchassées, etc.

Alors, quand Sarkozy dit "Bonne année", méfiance !…

Cette année, le Président de la France de droite a assuré les salariés de PSA de son soutien : s'il s'avère aussi efficace que celui prodigué aux ouvriers d'Arcelor-Mittal, il n'est pas interdit d'éprouver comme une certaine inquiétude… Il a également dénoncé les méchants banquiers qui s'en mettent plein les poches : un peu de poujadisme ne nuit pas, surtout de la part de l'inventeur du bouclier fiscal...

En fin de compte, il n'a pas fait la seule chose que nous attendions : demander à son ami Alain Joyandet d'arrêter de prendre les Haut-Saônois en général, et les Vésuliens en particulier, pour des demeurés en répétant que Vesoul sortira gagnant de la mondialisation, même si partout ailleurs le marasme économique s'étend.

Quant à Yves Krattinger, il a prononcé le lendemain à Port-sur-Saône un discours d'une heure assez remarquable - au sens premier du terme.

Le Président du Conseil général de Haute-Saône a réussi en effet à ne parler que cinq minutes des compétences sociales du Conseil général, compétences qui représentent pourtant prés de la moitié du budget de fonctionnement de la collectivité. Ceux qui attendaient des perspectives sur la mise en place du RSA, l'interprétation locale de la loi de mars 2007 sur la protection de l'enfance ou des objectifs en matière d'accompagnement des personnes âgées et handicapées sont restés sur leur faim.

Si l'on excepte une phrase sur les pistes cyclables et une autre sur les économies d'énergie dans les collèges, tout le reste du discours fut une ode au progrès, très XIXe siècle.

Yves Krattinger a martelé sur tous les tons sa foi dans l'investissement et les grands travaux (routes, autoroutes, TGV, zones d'activités...) pour sortir de la crise actuelle ; pour lui, la croissance de demain paiera les infrastructures d'aujourd'hui, que les élus locaux doivent mettre en place sans craindre de s'endetter... On suppose donc ( ?) que les infrastructures de demain seront payées par la croissance d'après-demain, et ainsi de suite…

Pas un mot sur la remise en cause des dogmes économiques dominants, sur la crise environnementale, sur la fin des énergies fossiles, sur la nécessaire mutation de l'industrie automobile : la Haute-Saône est décidément bien loin d'un mode de développement durable.

Pour conclure, les deux Présidents ont abordé la question de la réforme des institutions : le petit pour taper du poing sur la table en affirmant qu'il faut bouger (traduction : préparer les conditions de la reconquête des régions par la droite et, incidemment, de la Franche-Comté par Alain Joyandet), le grand pour souligner l'utilité et le bien-fondé des départements.

Alors, même si la réforme préparée par Sarkozy, qui vise à faire des régions une sorte de « communauté de départements », est contre-productive parce qu'elle affaiblira la démocratie locale et entravera les politiques publiques régionales, lorsqu'on entend de tels discours, on se prend à rêver non seulement de la disparition des départements au profit de grandes régions autonomes, mais aussi de l'État-nation au profit d'un modèle européen à inventer.

Philippe Chatelain Porte-parole des Verts 70