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EPOUVANTAIL SECURITAIRE
Encore une fois l'UMP instrumentalise le thème de l'insécurité pour servir ses intérêts partisans.
Il est ,ainsi ,souvent rappelé que l'Etat Républicain n'est légitime que si il assure à chaque citoyen dans des conditions identiques le droit à la sécurité, celle ci étant une condition d'exercice de la Liberté. Pourtant ,derrière ces principes et le terme générique d'insécurité l'"objet" médiatisé est toujours l'insécurité urbaine qui serait générée par les jeunes des banlieues. C'est pourquoi il paraît légitime d'analyser le phénomène "délinquance des jeunes en milieu urbain ", selon plusieurs aspects. Tout d'abord les causes profondes et les composantes idéologiques, puis les nécessaires tentatives de réponses à long et court termes.
LES FONDEMENTS ET LES COMPOSANTES IDEOLOGIQUES DU PHENOMENE " DELINQUANCE DES JEUNES EN MILIEU URBAIN".
La délinquance des jeunes en milieu urbain est en grande partie la conséquence des violences symboliques majeures infligées a une partie de la population. Pourtant l'interprétation qui en est donnée est souvent tout autre.
LES POINTS DE RUPTURE TERREAU DE LA DELINQUANCE JUVENILE ET URBAINE.
La logique concurrentielle dominante tant dans la sphère économique que dans les rapports sociaux engendre une ségrégation sociale et spatiale brutale. En effet, les plus favorisés choisissent et investissent un territoire dont sont économiquement exclus les plus démunis. De véritables espaces de relégation se sont ainsi constitués à la périphérie des villes. Cette relégation se traduit aussi par un moindre accès , ou un accès de moins bonne qualité, à l'ensemble des services de l'état et des collectivités locales (éducation, santé, sécurité, culture…). A cette ségrégation sociale et spatiale s'ajoute pour les étrangers et les jeunes issus de l'immigration un racisme effectif. Il suffit de rappeler que le taux de chômage de cette population est au moins deux fois supérieure à la moyenne nationale et que les emplois occupés sont plus souvent précaires, ceci est encore plus vrais en période de crise. Aux plus pauvres est renvoyée leur inutilité sociale dans un contexte macro-économique ou la main d'œuvre non qualifié n'a plus de valeur.
UNE PROBLÉMATIQUE FORTEMENT IDÉOLOGISÉE.
Depuis 1994 l'action des renseignements généraux est recentrée sur "la défense des institutions et la prévention des violences urbaines"(dixit Ch. Pasqua).Les violences urbaines sont constituées en "vrais menace". L'échelle d'évaluation de l'insécurité des quartiers sensibles construite par le commissaire Lucienne Bui Trong devient l'instrument de mesure privilégié. Des éléments de plus en plus hétérogènes sont additionnés par fétichisme du chiffre, mais aussi pour justifier l'existence du dispositif en place. Les R.G. apportent une culture du soupçon systématique héritée de la lutte contre le terrorisme. Des glissements sémantiques s'opèrent subrepticement, d'incivilité à violence, de violence à émeute ,d'émeute à terrorisme… Il y a quelques années, chaque fumeur de cannabis était présenté comme futur héroïnomane, aujourd'hui derrière chaque tagueur se cache un futur terroriste ! Il ne reste plus qu'a attiser la crainte d'une évolution "communautariste" de notre société pour accoler quasi automatiquement islamique à terroriste ! ! !
Cette lecture idéologique est d'autant plus évidente que d'autres chiffres existent , notamment ceux de l'Inserm(1)et du ministère de la justice(2) qui nous montrent des adolescents premières victimes de l'insécurité, suffisamment désespérés pour que 100 a 150000 d'entre eux tentent chaque année de se suicider.
En fait la constitution de l'insécurité comme problème social prioritaire masque la question de la lutte contre les inégalités. Le politique se trouve ainsi disculpé.
Face à ce constat lapidaire il est nécessaire de repenser le fonctionnement de nos institutions et de chercher de nouvelles réponses.
DES REFORMES AMBITIEUSES ET DES INITIATIVES INNOVANTES SONT NÉCESSAIRES.
La réflexion doit nécessairement s'inscrire dans le long terme , mais produire également des effets immédiats.
VERS UN DÉVELOPPEMENT SOCIAL DURABLE.
Depuis plusieurs années les pouvoirs publics tentent de favoriser chez chacun le réflexe eco-citoyen. De la même manière que la responsabilité du devenir de la planète incombe a tous , le devenir des jeunes générations est l'affaire de l'ensemble des adultes. Au nom de la différence de génération chaque adulte peut légitimement s'adresser comme tel à n'importe quel enfant ou jeune. Cette position édu-citoyenne n'émergera pas spontanément mais peut être encouragée par :
une réforme de l'autorité parentale afin de passer d'une responsabilité généalogique a une responsabilité générationnelle et ainsi permettre a beaucoup plus de jeunes d'être entourés d'adultes légitimés dans leur rôle (statut des beaux-pères ou belles-mères ).
un développement du concept de parentalité comme base d'une politique de formation des parents.
Par ailleurs une attention particulière doit être portée à l'apprentissage du langage. Il est essentiel pour leur socialisation future que les tout petits apprennent à parler au contact d'adultes et non pas entre eux dans des classes de maternelle souvent surchargées. De la même manière , l'antiracisme n'est pas naturel ,c'est une conquête difficile et précaire comme tout acquis culturel il doit être soutenu par l'école.
Sur un autre plan le désenclavement des zones d'exclusion ne sera possible qu'au travers d'une régulation administrative , fiscale et urbanistique des marchés fonciers et immobiliers des grandes villes.
En dernier lieu réengager la réflexion sur une meilleure répartition des richesses et un revenu universel permettrait de revenir aux enjeux réellement politiques.
REMÉDIER AUX DYSFONCTIONNEMENTS DE NOS INSTITUTIONS ET INVENTER DE NOUVELLES MÉDIATIONS.
Construire une approche globale , épidémiologique de la santé des jeunes en y incluant les conduites à risque .
Rappeler la mission prioritaire de l'école de formation des citoyens .Pour cela introduire le droit à l'école, non pas uniquement comme contenu d'enseignement, mais surtout comme pratique quotidienne. Par exemple , les règlements intérieurs des établissements devraient s'adresser à l'ensemble des acteurs , élèves et professionnels , de la communauté scolaire. Le service de santé scolaire et le service social scolaire devraient être décentralisés et rénovés.
Réaffirmer l'importance d'une prévention spécialisé (les éducateurs de rue) professionnalisée et dotée de moyens réels avec, en contrepartie , des exigences de définition d'objectifs (notamment de soutien à l'émergence de collectifs citoyens) , de méthodologie d'intervention et de procédure d'évaluation.
La police de proximité lorsqu'elle sait se montrer ferme et respectueuse des individus est un outil opérationnel. Cependant un déficit chronique de formation au savoir être empêche d'optimiser ce dispositif.
La justice , sinistrée, classe sans suite, dépénalise de fait certains délits, ne joue pas son rôle central de remédiation symbolique notamment auprès des victimes et accentue ainsi le ressentiment d'une partie de la population. Il est indispensable de programmer des moyens à la hauteur de l'enjeu et d'évoluer vers une justice territorialisée et accessible.
L'administration pénitentiaire gère des prisons surpeuplées, véritables espace de non-droit .Dans ces conditions l'incarcération d'un mineur est toujours un non-sens et ce ne sont pas les nouvelles prisons pour mineurs qui règleront la question. Développer des mesures de réparation concrètes et effectives appuyées sur un service de protection judiciaire de la jeunesse restructuré et pourquoi pas décentralisé reste a privilégier.
La reforme de chacune de nos institutions en elle même n'est pas suffisante si leur articulation n'est pas, simultanément, pensée .
Les contrats locaux de sécurité avait apporté une avancée dans ce domaine à condition d'être enrichis d'une réelle démarche participative. Les concepts de territoire évolutif (commune , quartier , réseau de transport )de diagnostic local ,de proximité qu'ils mettent en avant sont pertinents.
Dans ce cadre de multi-partenariat local des expériences existent , il s'en dégage des constantes :
la nécessité d'une présence continue (cf les correspondants de nuit à Rennes) de l'ouverture le soir et 7 jours sur 7 des équipements sportifs, sociaux et culturels.
la territorialisation effective des services publics (maisons de la justice).
les espaces d'expression et de créativité (cf les matchs d'improvisation théâtrale à Trappes).
l'écoute et la prise en compte des victimes(cf les cellules de tranquillité urbaine à Strasbourg).
l'intervention d'agents de la citoyenneté (cf Valenciennes) véritables médiateurs sociaux formés et professionnalisés.
l'existence d'un tissu associatif vivant à même d'assurer la participation effective des habitants.
La délinquance est une réalité , le sentiment d'insécurité en est une autre toutes deux sont en partie liées et synonymes de souffrance pour les plus exposés, c'est à dire les moins socialement favorisés. Ces réalités doivent être prises en compte sans angélisme ni dramatisation ; prévention , répression et accompagnement des victimes sont indissociables.
Depuis 20 ans , l'action de l'état aux USA s'est réduite à la police et aux prisons. Bilan ; le taux d'incarcération le plus élevé du monde et un taux de délinquance parmi les plus élevés du monde (loin devant la France).
Une autre voie est possible.
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