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Villes de misère
VIOLENCES URBAINES
Depuis plusieurs nuits les banlieues brûlent, elles brûlent parce que le climat s'est continuellement dégradé au cours des 25 dernières années , et qu'il est devenu explosif, mais aussi parce qu'un ministre irresponsable a voulu « racoler activement » l'électorat d'extrême droite.
Depuis 3 ans, la disqualification des associations de quartier , le mépris affiché pour la police de proximité, la suppression des éducateurs de rue et des aides-éducateurs dans les écoles ont exacerbé le sentiment d'abandon, de rejet d'une population déjà trop fragilisée. Si l'on ajoute à cela les rapports tendus avec la police, la chasse aux chômeurs, l'explosion était prévisible.
Il est urgent de rappeler que la seule manière de s'adresser aux habitants des quartiers dits « sensibles » est de le faire avec respect.
Respect pour les victimes et leur souffrance en leur apportant soutien, écoute et protection sans les instrumentaliser et en faire les icônes d'une politique sécuritaire.
Respect pour les jeunes en colère, ce qui veux dire réflexion, compréhension des causes mais en aucun cas excuse, et surtout pas glorification au nom d'un improbable mouvement de conscientisation sociale et politique. Respect veux aussi dire dans ce cas, recherche, interpellation, jugement, sanction juste et proportionnée car celui ou celle qui commet un délit et n'est pas sanctionné se trouve de fait exclu du contrat social.
Cependant, pour réunir les conditions de l'échange d'une parole respectueuse un travail de fond ainsi qu'une remise en cause plus globale sont indispensables.
Un travail de fond en direction des policiers pour les former et les soutenir, les policiers affectés dans les quartiers difficiles doivent être particulièrement aguerris et capables de respecter scrupuleusement la loi.
Un travail de fond en direction des quartiers (logement, entretien, services publics…), un quartier dégradé ne peut que l'être plus encore.
Un travail de fond en direction des acteurs de terrains (bénévoles associatifs, travailleurs sociaux…) pour leur proposer formation et valorisation de leur statut, pérennisation de leurs projets et de leurs actions, c'est-à-dire le contraire du saupoudrage de subventions sans objectif et sans évaluation.
Une remise en cause plus globale car rien n'est pire en ce domaine que les promesses non tenues, promesse d'accompagnement, de lutte contre les discriminations, mais aussi promesse de sanctions…
Promesse d'accompagnement : Le désespoir de la jeunesse populaire ne cédera que face à une réelle volonté politique de reconnaissance qui s'appuierait sur une solidarité concrète entre communes et départements et à l'échelle régionale (péréquation fiscale et transferts, diffusion volontariste de l'habitat social...). Cette reconnaissance exigerait également le renforcement dans les grandes métropoles d'une régulation des marchés fonciers et immobiliers à la hauteur des enjeux, une régulation administrative, fiscale et du point de vue de l'urbanisme.
Promesse de lutte contre les discriminations : Tant que les plus riches continuerons de s'enrichir et les plus pauvres de se précariser, tant que le fait d'habiter tel ou tel quartier sera synonyme d'échec et d'impossibilité d'accès à l'emploi aucune solution durable n'existera. Il est urgent de décréter l'état d'urgence social, un sursaut de l'ensemble de la société en faveur de l'insertion des jeunes habitants des banlieues est indispensable. Ce n'est sûrement pas en remettant en cause l'école obligatoire jusqu'à 16 ans que cet objectif sera atteint.
Promesse de sanction : Posons nous par exemple la question du cannabis (au demeurant un produit dangereux), est il raisonnable de claironner « interdiction, tolérance zéro » alors que l'usage de ce stupéfiant est banalisé dans toutes les couches de la société et que la répression stigmatisante, humiliante et notoirement inefficace s'exerce toujours sur les mêmes ? Ce fonctionnement injuste, parmi d'autres, nourrit dans les banlieues le sentiment d'arbitraire et de relégation. Appliquons la loi de la même manière pour tous ou changeons la.
La situation de ses derniers jours ne justifiait pas de mettre entre parenthèse les libertés publiques et individuelles, l'état d'urgence, lourd de connotations symboliques négatives, doit être levé au plus vite.
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